Jean-Yves Le Drian : « le viol de l’espace maritime d’un pays européen par la Turquie est inacceptable » [el]

Discours de Jean-Yves le Drian, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères (extraits), en présence de Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères - séminaire de travail des ambassadeurs/drices en poste dans l’espace européen.

Paris, le 31 août 2020

« L’Europe se trouve à la croisée des chemins, dans un monde de plus en plus brutal, en voie de recomposition sous l’effet de jeux de puissance décomplexés et de démantèlement systématique des cadres multilatéraux. L’Europe doit enfin sortir pleinement du temps de l’innocence et de la naïveté pour forger son propre destin. Faute de quoi, d’autres décideront de son destin à sa place. »

« C’est la grande clarification de 2020. Cette année a balayé quelques illusions : nous sommes désormais au pied du mur. La prise de conscience a eu lieu ou est en train d’avoir lieu. Il s’agit d’embarquer tous les Européens dans un projet ambitieux. »

Après avoir évoqué la nécessité de construire une Europe de la santé, un premier pilier d’une Europe qui protège, M. Le Drian a souligné la défense de notre sécurité européenne et la maîtrise de notre environnement stratégique en constituaient l’autre pilier.

« A cet égard, l’actualité du mois d’août a été dense, je dirais même, trop dense. Quand un de nous est confronté à une politique du fait accompli, à une politique agressive et injustifiable, nous devons y répondre collectivement. Car c’est une menace contre la souveraineté et contre les intérêts de l’Union. Je pense à la situation en Méditerranée orientale où l’attitude de la Turquie, qui viole l’espace maritime d’un Etat-membre de l’UE, est parfaitement inacceptable. Laisser notre sécurité en Méditerranée aux mains d’autres acteurs serait une grave erreur. C’est ce que nous avons affirmé à 27 lors de la réunion informelle à Berlin sous ta conduite, Heiko. Mais l’UE est prête au dialogue. Elle n’en est pas moins prête à la plus grande fermeté si c’était nécessaire, y compris si cela doit passer par des sanctions.

C’est précisément pour créer des conditions d’un dialogue plus constructif avec Ankara que nous nous employons aujourd’hui à mobiliser tous nos leviers diplomatiques et opérationnels. Sur ce sujet aussi, la convergence est forte entre notre président et la chancelière, donc entre l’Allemagne et la France. Double objectif permanent à cet égard, stabilité et souveraineté. C’est grâce à cette convergence que nous avons pu convaincre nos partenaires et obtenir ensemble ce résultat aussi clair et fort à Berlin, vendredi ».

« A l’approfondissement des solidarités qui nous permettent de relever ensemble les défis communs, au sursaut de souveraineté nécessaire pour marquer notre indépendance vis-à-vis des acteurs étatiques et privés qui tentent de nous soumettre à leur agendas d’influence, voire de pressions, doit s’ajouter un troisième mot d’ordre : assumer pleinement la puissance que nous sommes. Trop longtemps l’Europe à fait figure d’une forme de puissance en retrait, alors que nous portons des valeurs universelles et que notre intérêt est de chercher à influencer le cours de la modalisation en y apportant les régulations et les garde-fous essentiels, plutôt que d’en subir les dérives. Ma conviction est claire : il faut sortir de cette puissance en retrait , assumer notre réalité de puissance et faire en sorte que notre consolidation interne puisse se conjuguer avec notre affirmation externe ».

L’ensemble du discours de Jean-Yves Le Drian, et celui de Heiko Maas est disponible en français et en allemand sur le site de France Diplomatie et sur le compte Twitter @francediplo

publié le 19/09/2020

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